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Nous du pays du Jamais, Jamais est une déambulation en terre aborigène, entre le visible et l’invisible, interrogeant la plus vieille mémoire vivante sur le mystère de la mort-renaissance .

images du tournage

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synopsis

C’est un récit à la première personne,
l’histoire d’une exploration singulière
au pays des pistes chantées, en terre aborigène.

Le film s’ouvre dans une grande métropole Nord américaine, alors que en route vers les communautés indiennes dans lesquelles j’ai tourné mon précédent long métrage, j’apprends la disparition d’un des personnages pressenti pour le film, Paddy Fordham, grand peintre mort dans l’indifférence et la misère. Cette disparition fait écho à celle survenue quelques temps auparavant de David Blanasi, un autre grand maître que j’avais approché et qui, lui aussi, est passé de l’autre côté. Dès lors leur présence hante le récit.
« Le tracé de mon périple est celui de la mort qui voyage, c’est cela qui me ramène ici, arpentant des territoires intangibles entre le visible et l’invisible, interrogeant la plus vieille mémoire vivante sur le mystère de la mort-renaissance ».

En suivant les traces des maîtres disparus, qui deviennent mes passeurs de l’au-delà, c’est la piste du serpent arc en ciel, symbole de la plus ancienne tradition spirituelle vivante qui s’impose. Elle serpente du monde mythologique originel à la réalité quotidienne des communautés aujourd’hui . Nous sommes en Australie, dans le Territoire du Nord, une terre dont le caractère sauvage et désolé explique que la colonisation y intervint plus tardivement que dans le reste du pays. Ici, les Aborigènes représentent environ un quart de la population, contrairement aux autres provinces, ils redeviennent visibles. Et si les ethnies sont aussi variées que la nature des paysages, tous se réfèrent aux lois du « Temps du Rêve » transmises rituellement, de génération en génération depuis des milliers d’années.

Le film raconte la miraculeuse survie d’un étonnant peuple d’artistes. L’espace y est est donné à ceux qui, depuis plusieurs années maintenant que je circule sur ces terres, m’ont accueillie dans leur communauté, m’ont accordé une place d’où je pouvais voir et entendre de l’intérieur. Les personnages de cette histoire sont des Anciens : Lily Nungarrayi Hargraves, artiste Warlpiri, femme sans âge, vivant dans le désert Tanami dont elle tire encore sa substance quotidienne ou Djalu Gurruwiwi, considéré comme la dernière grande figure de la terre d’Arnhem, maître fabricant de didgeridoo,peut être le plus vieil instrument du monde. Ils font partie de la même génération que Paddy Fordham et David Blanasi. Nés dans le monde traditionnel aborigène, ils sont les derniers témoins vivants de sa disparition. Gardiens de la mémoire la plus ancienne de l’humanité, ils nous donnent à voir les gestes qui se sont transmis durant des centaines de générations.
« La tâche qu’accomplissent Djalu et les derniers Anciens est de continuer à faire surgir la force de la loi du Temps du rêve dans un environnement dont les bouleversements semblent de plus en plus incontrôlables. »

Le choc de la rencontre entre le monde aborigène et la mission civilisatrice de la colonisation, dont les ondes se propagent jusqu’à nos jours, est évoqué à travers des séquences d’archives. Le film invoque de cette manière la mémoire des lieux et des êtres qui y vécurent .
La tradition orale pluri-millénaire aborigène représentée aussi bien dans les très anciennes peintures rupestres de la terre d’Arnhem que dans les étonnantes peintures acryliques produites par les artistes du désert, raconte encore et toujours le lien à la terre. Leurs toiles sont des cartes de cette terre à laquelle ils sont intimement liés. Ce sont leurs titres de propriétés qu’ils font aujourd’hui valoir devant les tribunaux pour reconquérir un accès à leur terre dont ils ont été privés lors de la proclamation de l’état australien.

La survie quotidienne dans les communautés rongées par les problèmes sociaux demande une inventivité et une force d’être qui prend source dans la Loi du Temps du Rêve, creuset commun qui leur permet de démentir aujourd’hui encore leur disparition annoncée depuis plus d’un siècle. Lily, née dans les années 20 nous emmène dans le désert Tanami où elle va encore tous les jours chasser le varan, cependant que ses œuvres sont exposées dans le monde entier. Dans l’école de Lajamanu, sa communauté, elle transmet son savoir aux enfants aux cheveux en broussaille et au regard malicieux.
« Lily a traversé le temps, elle est un peintre dont les œuvres sont exposées bien au delà des frontières de ce pays. Elle passe de son pas léger d’un monde à l’autre. Elle appartient à cette race si ancienne qui se souvient du temps des origines. »

Les générations suivantes nées dans un monde où le blanc avait déjà imposé son mode de vie, trouvent leur identité grâce aux Anciens qui parlent encore leur langue, qui détiennent les chants et les cérémonies, récits de leur très longue histoire. Janet Nakamarra Long, femme peintre mais aussi linguiste et anthropologue, vivant aujourd’hui à Darwin en témoigne :
« Mes Anciens ont alors commencé à me transmettre des choses : je m’asseyais avec eux, avec ma famille et je les écoutais parler des peintures, des dreamings ; des histoires racontant comment ils vivaient avant l’arrivée des blancs.
Si je n’avais pas pu apprendre tout ça, j’aurais été une âme perdue. »

L’itinéraire du film est celui d’une quête, d’une tentative de retrouver le lien originel. Cette quête se profile à travers la déclinaison poétique des symboles qui le traversent. Ainsi l’arbre, qui plonge ses racines dans la terre et étire ses branches vers le ciel, l’arbre centenaire à l’ombre duquel viennent trouver refuge les transfuges du nomadisme sauvage à l’errance urbaine, l’arbre qui annonce le bush, celui qui abrite le miel, celui qu’on écoute et que l’on transforme en didjeridoo, l’arbre qui nourrit le corps et l’âme et qui devient politique quand son écorce porte la revendication du droit à la terre.

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